La
parole du patient
Les
patients n’ont pas si souvent la parole dans les
enceintes des professionnels de santé et je ne
peux que vous remercier, au nom de la Fédération
Française des Associations et Amicales de malades
Insuffisants ou handicapés Respiratoires, de leur
donner la parole. Je vous remercie tout autant d’avoir
organisé ce Forum consacré à la BPCO,
une maladie que nous considérons comme un réel
fléau de notre époque moderne, « tueur
silencieux » ou « inconnue meurtrière
», comme elle a été qualifiée
ici ou là.
Je
voudrais ici évoquer 4 questions :
• Quelles sont les attentes - exprimées ou
sous-jacentes- des patients atteints de BPCO ?
• Pourquoi ont-ils d’énormes difficultés
pour adhérer à un programme de soins ?
• Pourquoi ont-ils des difficultés pour être
motivés ?
• Comment y remédier en partie ? Comment
les aider ?Quelles sont donc les attentes des malades
?
D’abord
souffrir le moins possible :
Qu’appellent ils souffrir
?
• Sur le plan respiratoire, c’est être
essoufflé, dès que le malade bouge et pendant
les exacerbations.
• Sur le plan musculaire lorsqu’il est en
mouvement, en réhabilitation, l’exercice
est une souffrance.
• Sur le plan psychologique, celui qui n’a
pas été soignés dès le début,
celui que l’on a abandonné à son sort,
qui est isolé, celui qui se sent « humilié
» par ses faiblesses, ses incapacités, devient
vite un handicapé hypersensible.
Cette souffrance psychologique est certainement une des
plus pénibles à supporter, car elle entraîne
la non compréhension de la maladie et malheureusement
le refus d’adhérer réellement au traitement
.
• Et bien sûr, avoir des soins individualisés,
surtout quand il s’agit de la réhabilitation
respiratoire. Ensuite, être aidés, informés,
soutenus, entourés, suivis dans l’évolution
de la maladie, du traitement, dans leurs faiblesses .
• Puis, pouvoir retrouver une vie supportable :
retrouver une qualité de vie quotidienne optimale,
en fonction du stade de la maladie, tant dans les actes
de la vie quotidienne que sont faire sa toilette, s’habiller,
se chausser, monter un escalier, que vivre avec sa «
machine » ….
•Également retrouver une certaine autonomie
: pouvoir sortir de son domicile, planifier ses activités,
faire des projets à sa mesure, avoir une vie sociale.
• Enfin, avoir avec son médecin et l’équipe
médicale qui suit le malade, un diagnostic clairement
expliqué, un encouragement, une bonne coordination
de celle-ci, un accompagnement quand cela devient pénible.
Pourquoi
ont-ils d’énormes difficultés pour
adhérer à un programme de soins ?
Mais ces attentes sont souvent contrebalancées
par des facteurs de non adhésion des patients,
par des manques de motivation, des refus, des interruptions
de programme.
La liste des facteurs liés aux malades mêmes
est longue : tabagisme persistant, non compléance
aux traitements médicamenteux, facteurs socioculturels.
Pourquoi
ont-ils des difficultés pour être motivés
?
La BPCO a ses retentissements psychologiques : anxiété
liée à la dyspnée, à l’inactivité
physique, état dépressif, passivité
et réticence vis-à-vis des activités
sociales
La gravité de la BPCO a également un rôle
dans le comportement des patients.
C’est
une maladie chronique, qui entraîne des difficultés
d’adaptabilité sur le long terme : déni
et évitement, manque de connaissances concernant
la maladie et sur l’intérêt de la réhabilitation,
insuffisances de l’entourage. Et toutes les raisons
qui justifient les attentes des patients.
Enfin,
il faut aussi noter la faible implication des acteurs
de santé, qui a ses multiples raisons, mais qui
évolue, heureusement. Sans compter la faible implication
des Pouvoirs Publics. La BPCO est certes inscrite dans
le Plan de Santé Publique voté en août
dernier. Mais on ne peut pas parler de mobilisation a
son sujet. Rappelons cependant que la maladie concernera
4 millions de personnes en 2020 et qu’elle sera
la 3ème cause de mortalité au monde !
Comment
dès lors aider les patients ?
Il faut pouvoir répondre à leurs attentes
en s’appuyant surtout sur l’Education thérapeutique
et la Réhabilitation respiratoire.
Avec quels outils ?
• sur le plan cognitif
: il faut tenir compte des connaissances,
des croyances et des attitudes vis-à-vis de la
maladie. Il faut savoir convaincre : de la justification
de sa prise en charge, car l’exercice est une «souffrance»,
ses bénéfices progressifs, son gain non
prédictible, son investissement est individuel
et nécessaire. Il faut aussi faire partager des
objectifs réalistes et donner au malade les moyens
de les atteindre.
•
Sur le plan de la communication : le temps
et la qualité de l’écoute du patient
par l’ensemble des intervenants comptent, de même
que :
1) L’unicité et la cohérence du discours
2) le contrat, par lequel malade doit s’engager
3) et l’accompagnement psychologique, surtout dans
les périodes difficiles.
A la fin de la période initiale de la Réhabilitation
Respiratoire, il faut préparer le long terme, notamment
les nouvelles habitudes de vie, le maintien des acquis,
le rôle des Associations de Patients.
•
Sur le plan général : la
diffusion des informations auprès des malades et
de leurs associations, la diffusion des informations auprès
des généralistes et des kinésithérapeutes
jouent aussi un rôle important.
Au
total et en conclusion, je dirai que derrière chaque
terme, il y a une réalité très prosaïque
que connaît peu à peu et insidieusement le
malade souffrant de BPCO. Il lui est difficile d’accepter
de « bouger » quand il est déjà
affaibli et essoufflé. Il lui est difficile de
changer sa façon quotidienne de vivre, de se battre
pour « rester sociable ». Mais il est difficile,
pour ce malade en moyenne âgé de plus de
40 ans de bouger, car il n’est, ni n’était,
un sportif acharné. Et cela est encore plus valable
pour les femmes, ces « nouvelles entrantes »
dans la maladie depuis qu’elles se sont mises à
fumer autant, sinon plus que leur homologues masculins.