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L’ANTIBIOGRAMME
Par le Professeur Philippe REINERT,
Président du Comité scientifique
Paru en décembre 2000 dans SOUFFLE D’AMITIE n°30

1. Introduction
Les antibiotiques sont des substances naturelles ou synthétiques qui agissent en lysant (*) les bactéries (bactéricidie) ou en empêchant leur multiplication (bactériostase). (*) action de lyser c.à.d. dissolution de cellules ou de micro-organismes par une lysine – lysine = acide aminé.

Les micro-organismes peuvent ruser avec les antibiotiques :
• en modifiant la perméabilité de leurs parois : l’antibiotique ne pourra donc plus
atteindre sa cible,
• en modifiant la cible : l’antibiotique ne reconnaissant plus sa cible ne pourra pas
l’inactiver,
• en détruisant l’antibiotique par des enzymes,
• en actionnant une pompe qui va refluer l’antibiotique au fur et à mesure qu’il pénètre
dans la cellule bactérienne.

Il est donc nécessaire de tester l’activité des antibiotiques sur toute souche bactérienne
isolée lors d’une pathologie. Pour ce faire, l’antibiogramme est le moyen le plus utilisé, il sera au besoin complété par d’autres tests en fonction de la situation.

2. Réalisation de l’antibiogramme (par diffusion en gélose)
A partir d’une cellule fraîche et pure d’une souche bactérienne, on réalise une suspension
de densité optique donnée. A l’aide de cette suspension, on inonde une boîte de gélose appropriée, on rejette le surplus et on fait sécher. On applique ensuite des disques de papier absorbant pré-imprégnés par les antibiotiques à tester, on les laisse diffuser dans la gélose et on incube à 37°C.

Les antibiotiques diffuseront tout autour du disque créant un gradient de concentration
(s’amenuisant au fur et à mesure qu’on s’éloigne du disque). La souche testée poussera partout sur la boîte sauf à proximité des disques actifs, la culture s’arrêtera alors à un rayon où la concentration d’antibiotique est suffisante pour inhiber toute croissance visible. Le diamètre d’inhibition sera d’autant plus grand que la molécule testée sera active.

3. Lecture de l’antibiogramme
La première étape consiste à mesurer les diamètres d’inhibition autour des différents
disques d’antibiotiques. Ces diamètres sont ensuite comparés aux valeurs seuil données
par le comité de l’antibiogramme ; la souche sera dite « sensible » à un antibiotique si le
diamètre d’inhibition est supérieur à la valeur seuil : c’est la lecture brute de l’antibiogramme.
Certaines molécules antibiotiques peuvent paraître faussement actives, il est donc nécessaire de faire une lecture interprétative avant de donner le résultat définitif.

4. Limites de l’antibiogramme
• Les diamètres seuil sont calculés par rapport aux concentrations sériques de
l’antibiotique pris aux doses habituelles chez une personne ne présentant pas de
pathologie viscérale (insuffisance rénale et/ou hépatique). Il ne renseigne donc pas sur
l’activité effective du médicament au niveau du site infecté.
• L’activité in vitro d’un antibiotique n’est pas toujours corrélée avec son activité in
vivo.
• L’antibiogramme ne renseigne que sur l’effet bactériostatique d’une molécule : il
permet seulement de dire si celle-ci empêche la croissance d’une souche bactérienne
donnée, il ne suffira donc pas pour dire si la bactérie est détruite.

Pour être sûr que la bactérie a été éliminée, il faut faire un contrôle au laboratoire, en
moyenne huit jours après l’arrêt du traitement. S’il restait des bactéries, il faut tout
recommencer.

5. Conclusion
L’antibiogramme, malgré ses insuffisances, est un outil précieux. Il permet d’optimiser
l’utilisation des antibiotiques, donc d’éviter d’utiliser des molécules inutilement toxiques,
de limiter les dégâts écologiques sur la flore saprophyte en ciblant mieux notre action sur
la souche bactérienne incriminée dans le processus infectieux.

Extrait de SOS MUCOVISCIDOSE – n° 52 1er trim. 2000

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