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REFLUX GASTRO GASTRO-OESOPHAGIEN ET ASTHME

Le reflux gastro-oesophagien (RGO) et l’asthme sont deux maladies fréquentes,
chacune affectant près de 5% de la population adulte, et fréquemment associées. Les données récentes indiquent qu’il existe un véritable cercle vicieux unissant ces deux maladies.

Épidémiologie :
La prévalence du RGO chez les asthmatiques est extrêmement variable selon les études, allant de 34% à 89%. Ces variables peuvent provenir de la diversité des techniques utilisées pour le diagnostic de RGO.

Les études plus récentes ont été réalisées avec des techniques plus sensibles et plus spécifiques. La pHmétrie des 24 heures demeure l’examen de référence (le pourcentage
d’acide présent dans l’œsophage pendant 24 heures). Ce pourcentage est pathologique lorsqu’il est supérieur à 4,2%. En utilisant ce critère, on retrouve un RGO pathologique chez 32% des 105 asthmatiques étudiés. En s’aidant d’un questionnaire détaillé sur cette étude, on constate des brûlures épigastriques chez 77% des patients et des régurgitations dans 55% des cas. On a ainsi démontré que la perfusion acide du bas œsophage entraîne une diminution du débit expiratoire de pointe (DEP).

L’asthme aggrave le RGO :
Les modifications mécaniques liées à l’asthme et les thérapeutiques utilisées pour traiter l'asthme ont été accusées de favoriser le RGO. L'hyper inflation et le trappage gazeux, fréquents chez les asthmatiques, notamment lors des épisodes aigus, s’accompagnent d’une augmentation de la capacité pulmonaire totale, du volume résiduel et de la capacité résiduelle fonctionnelle et entraînent une augmentation de la pression intra-abdominale, et un aplatissement des coupoles diaphragmatiques qui favorise la remontée intra-thoracique du sphincter inférieur de l’œsophage.

La barrière anti-reflux est alors affaiblie, responsable d’un RGO. La théophylline, serait responsable de l’augmentation de la sécrétion gastrique et favoriserait, ou provoquerait le RGO.

Le traitement du RGO améliore les symptômes de l’asthme :
Le traitement du RGO chez l’asthmatique est identique au traitement du RGO seul. Ce traitement est le plus souvent médical, mais il peut être chirurgical.

Traitement médical :
Les inhibiteurs de la pompe à protons sont les traitements de référence du RGO. Ce traitement permet une diminution supérieure à 80% du reflux acide, contrôle rapidement les symptômes de RGO et guérit l’œsophagite, conséquence du reflux, dans 80 à 85% des cas.

Le traitement chirurgical :
La plupart des études concernant l’efficacité de la chirurgie anti-reflux sur les symptômes de l’asthme sont méthodologiquement imparfaites, ne comportant pas de groupe témoin et ne mesurant pas l’importance du reflux acide persistant après la chirurgie.

Une expérience a été faite pendant cinq ans sur un groupe de 44 asthmatiques ayant subi une chirurgie anti-reflux. Parmi ces asthmatiques, 20 d’entre eux étaient corticodépendants ; 35% avaient une rémission complète de leurs symptômes, 25% avaient une amélioration modérée et 34% ne présentaient aucune modification de leur asthme. Le plus grand bénéfice semblait obtenu chez les patients porteurs d’un asthme
intrinsèque avec un RGO sévère, ainsi que chez les patients présentant un reflux précédant l’apparition des symptômes de l’asthme.

Comment diagnostiquer le RGO chez l’asthmatique ?
A. S’il existe des régurgitations :
- les examens complémentaires sont inutiles
- un traitement anti-reflux doit être débuté, s’il existe des symptômes suggérant
l’existence de complications du RGO (œsophagite, sténose œsophagienne,
cancer). Dans ce cas, la fibroscopie œsophagienne est l’examen de choix.

B. Une pHmétrie œsophagienne est indiquée :
- en cas d’échec du traitement anti-reflux administré à bonne dose et pendant une
durée suffisante (3 mois).
- En l’absence de symptômes de RGO chez l’asthmatique mal contrôlé.

Sources : Service de pneumologie du CHR d’Angers et Service de pneumologie de l’Hôpital Bichat, Paris.


Influence du RGO sur l’insuffisance respiratoire.

Le RGO, de par ses reflux acides avec plus ou moins de débris alimentaires et de
liquide biliaire provoque facilement une irritation chronique du pharynx et du haut appareil
respiratoire. Si le reflux est important, une régurgitation, la partie haute de l’arbre respiratoire peut être inondée de ces mêmes matières acides et irritantes. Le RGO provoque une toux nocturne, une toux diurne, un enrouement, un microbisme de la jonction entre les voies respiratoires et l’appareil ORL. Ceci est fréquent chez un individu souffrant de RGO, mais en plus d’obésité et de ronflement, et augmente en position de décubitus (personne couchée).

Si une personne souffre à la fois de RGO et d’insuffisance respiratoire il est évident que le reflux œsophagien peut devenir dramatique. Il provoquera une irritation chronique à
l’entrée de la trachée, et de fréquentes surinfections. En premier lieu ceci se traduit par un encombrement constant de l’arrière gorge par des glaires plus ou moins infectées de microbes, qui par ailleurs, chez un porteur de canule laryngée, auront tendance à former un foyer infectieux chronique au niveau de la partie interne du nez ou dans les sinus. Ce foyer souvent asymptomatique, encensera cependant régulièrement l’arbre respiratoire de microbes qui seront mal éliminés par une toux difficile et inopérante.

La position couchée, surtout après le repas, est donc à bannir chez ces patients souffrant à la fois de RGO et d’insuffisance respiratoire : il restera en semi- décubitus la nuit et traitera son RGO convenablement. La prise de corticoïdes, fréquente dans les problèmes respiratoires, devra s’accompagner obligatoirement d’un traitement inhibiteur de l’acidité gastrique.

Dans un autre sens il faudra toujours rechercher un RGO, même passant inaperçu, dans une affection respiratoire, si la toux et la surinfection ne sont pas facilement explicables par l’affection respiratoire elle-même.

Dr Goetz Paul Strasbourg
Rédacteur en chef de la Nouvelle revue de Phytothérapie Pratique
Chargé d'enseignement de phytothérapie clinique à la Faculté de Médecine Paris XIII.
Paru en juin 2001 dans SOUFFLE D’AMITIE n°31

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