CONTACT AMIRA
  31 rue Fossé
des Treize
67000 Strasbourg
03 88 83 08 09
Mail
LES TEMOIGNAGES
  Tu remarcheras
  Un combat pour la vie
  Vacances en Italie

TU REMARCHERAS !

Comment par la volonté et le courage on peut se relever.
Dans tout le pays, et entre autre, dans ma commune de Bissy, des enfants tombaient comme des mouches. Cela se passait en août 1955, le vaccin du Dr SALK, contre la poliomyélite, n’était pas encore disponible.
J’avais 13 ans. La paralysie avait envahi mon corps à 90 %. Les muscles avaient « fondus ». C’était la forme bulbaire de la maladie : la pire de toutes ; celle qui s’attaque au système nerveux central.

J’aurai des séquelles toute ma vie !
J’ai été hospitalisé à Chambéry, 6 mois. Pour faire tomber la fièvre, on m’avait allongé dans une baignoire remplie d’eau froide. Chaque jour, je faisais de la rééducation fonctionnelle ; le personnel croyant bien agir, m’encourageait à me tenir debout, à marcher. J’y arrivais progressivement, mais à quel prix ! chutes fréquentes, lunettes cassées, douleurs aux genoux etc. car autour de moi, il semblait que personne n’avait idée de l’étendue de mon handicap. Pour preuve, les médecins et les kinésithérapeutes m’ont laissé marcher sans corset orthopédique. Résultat : importante scoliose.
Plus tard il faudra m’opérer de la colonne vertébrale. Une première fois à Montpellier en 1956 (consolider les lombaires par prélèvement d’os sur les tibias) et une deuxième fois à Lyon, Centre des Massues, dix ans plus tard (greffe des dorsales avec 2 grandes tringles métalliques, suivant la méthode Harington (USA) )

Auparavant, élongation pendant 3 mois, jour et nuit, dans un plâtre muni de 2 vis latérales (c’était terrible).

Au cour de l’hiver 1956, mon père seul, en train, m’avait accompagné à Lamalou-les-Bains (34) dans un centre de rééducation fonctionnelle, j’y suis resté 7 mois.
Exercices en salle, en piscine, puis massages : j’étais bien occupé et l’ennui rare.
De plus, j’étudiais pour me présenter (1957) allongé sur un chariot plat, au certificat d’études primaires, la réussite à l’examen m’avait dopé.
Lorsque cette période languedocienne s’acheva, je marchais sans canne, mais peu rassuré il est vrai. Je suis parfois en perte d’équilibre, et tombe spontanément sur les genoux ou tout de mon long, le visage au sol (devant « tout le monde », l’humilité est mise à l’épreuve !)

Estimant que d’autres progrès pourraient avoir lieu en dehors du centre, on m’envoya près de Grenoble dans un centre de formation professionnelle (oct. 1957) géré par l’Association des Paralysés de France (APF). Je serai comptable !

Après 3 ans d’études, j’ai tout réussi, examens et concours professionnels.
Ensuite tout naturellement je me suis jeté dans la « bagarre », je voulais travailler : mon autonomie dépendrait de mes ressources, c’était en 1960, j’avais 18 ans.
Mon identité était déterminée avant tout, par un certain conformisme et une volonté d’accéder aux normes sociales fondées sur le travail et la vie de famille.
J’allais vite trouver un emploi de bureau, dans une maison de négoce en vins (15 personnes) 1960-62, puis un poste de comptable chez un concessionnaire de tracteurs agricoles (20 personnes) 1963-66, et enfin, comptable (position maîtrise) dans une usine (250 salariés) filiale de Péchiney à l’origine, puis cédée à une firme allemande dans le même créneau : fabrication de composants d’assemblage, leader en Europe, 1967-1996.
Je n’ai pas eu de problèmes majeurs dans le domaine de la rentabilité, il faut savoir, qu’étant handicapé il faut toujours en « faire » plus. Cela, je l’ai compris plus tard.
Je n’ai pas eu le temps de m’écouter, ni d’avoir des états d’âme. Je me suis « traité » assez durement.

J’ai une voiture à embrayage automatique pour mes déplacements.
Après 29 années de présence dans cette société, et globalement 36 années de travail, j’ai été admis en retraite d’invalidité à 100 %. Le syndrome post-polio est un révélateur de problèmes évoluant depuis longtemps, et apparaissant au moment où les possibilités de compensation sont saturées du fait du vieillissement. En effet, le handicap physique oblige les polios à solliciter, plus qu’une autre personne valide, leur système ostéo-articulaire et musculaire, et à accroître les efforts nécessaires pour réaliser une tâche. A présent, je m’aide d’une canne pour marcher.

Je me suis marié et j’ai fondé une famille, abritée dans une maison traditionnelle de plein pied que j’ai fait bâtir moi-même (1976-77), démarches administratives, emprunts, plans, achat des matériaux et construction par des « pro » recrutés auprès de mes relations.
A l’heure actuelle, libéré des contraintes professionnelles, je m’occupe, à mon rythme (ventilation nocturne avec masque nasal) de l’entretien de ma maison, je suis aussi bénévole actif à l’APF.

Il est important que je « soigne » ma santé (cures thermales, vélo d’appartement, kiné).
Je ne peux pas faire de ski, des randonnées, du vélo, c’est regrettable, mais d’autres satisfactions majeures seront venues gommer ces frustrations (vision, attitudes dans la vie « autre »)

Et puis l’avenir ? et bien comme tous mes contemporains, lorsqu’il faudra fermer mon « parapluie », je m’exécuterai, c’est obligatoire !

Jacques TOCHON : Membre de l’AMIRA
Chevalier dans l’ordre National du Mérite (1998)
Bissy – Chambery

Paru dans « SOUFFLE D’AMITIE » N°39 de Juin 2005

ARTICLE EN WORD
 
 
LE JOURNAL AMIRA
 
 
Pour toute question ou problème concernant ce site Web, envoyez un courrier électronique notre webmaster éditorial